12/07/2012

Syrie : le vent tourne. Chez les médias aussi.

Ceux qui connaissent un peu le pays, je remercie Dieu d'en faire partie, l'avaient prévu dès le premier jour. Malgré cela, il fallait avoir une bonne dose de foi et un peu d'optimisme aussi. Ce n'est pas facile de se trouver en guerre ouverte avec le « vrai axe du mal » dont la tête se trouve à Washington et la queue à Paris, Londres, Istanbul, Doha, Ryad et, un peu, hélas, Berne.

Avoir la foi, ne jamais en douter et...surtout, l'honnêteté intellectuelle et la lucidité permettant une analyse objective de la situation. C'est tout cela qui a manqué à tous ceux se présentant comme spécialistes de la chose. C'est surtout cela qui a manqué à nos amis remplisseurs de colonnes de journaux, spécialistes de l'immersion populaire qui aiment à s'appeler « journalistes ».

J'avais, en toute modestie, il n'y a pas si longtemps de cela, prévu le déroulement des évènements mais aussi et surtout que le moment où tous ces gens-là devront rendre des comptes de leurs mensonges, manipulations, trafiques d'images et trucage de nouvelles. Il semblerait bien que ce moment-là est arrivé.

Les RTS, France Info, France 2, TF1, TDG, pour les moins pires et Le Temps, France 24, AFP, l'Hebdo, Le Courrier, La liberté, Libération et Le Monde pour les vrais spécialistes de la désinformation et des trucages médiatiques, en vrai succursales d'Al Jazeera et d'Al Arabiya, commencent déjà à réduire la voilure et à chercher par quelle porte sortir. La fréquence des nouvelles en provenance de la Syrie pour ces vrais spécialistes des contre-vérités est divisée par deux, par trois, voire même totalement disparues pour certains. Même Al Jazeera et Al Arabiya doivent avaler des chapeaux. Tout règlement de la crise syrienne passe par Damas et uniquement par elle. On peut désormais parler  carrément d'une multiplication d'initiatives syriennes, voire pro-syriennes. C'est Damas qui dictent le rythme et la méthode.

TF1, pour ne donner que cet exemple, a brusquement fait un virage à 1800 le mardi 10 elle a diffusé le reportage de l'équipe de Patricia Allémonière qui s'est rendu à l'hôpital militaire de Damas-Tichrine. Elle y a filmé des obsèques de militaires, qui se poursuivent - 25 cercueils ce lundi matin 9 juillet. Et puis il y a les blessés qui arrivent  - la commentatrice précise que certains ont été « égorgés » - et parmi ceux-ci, une femme d'officier, touchée par un sniper insurgé alors qu'elle sortait d'une résidence militaire avec ses deux enfants. A propos des égorgés constatés par une équipe occidentale pourtant totalement alignée sur les positions atlantistes, il faut demander à M. Boris Mabillard, journaliste et, accessoirement, grand-reporter au Temps, s'il a constaté la même chose lors de son « immersion » historique de 17 jours parmi les opposants « pacifiques ».

Ainsi, l'accord Annan-Assad consiste, c'est Assad qui le formule, à sortir « graduellement » de la crise. La traduction du mot « graduellement » est très simple : nettoyage graduel des zones les plus agitées, désarmement des terroristes et des voyous et reprise totale du pays par les mains des autorités « légitimes ».

Qu'est-ce qu'une autorité légitime ? C'est toute autorité, tout régime, où qu'il soit dans le monde, qui ne se plie pas aux volontés néfastes des USA et de leurs domestiques Occidentaux. Je ne parle plus des Turques et des bédouins car ces derniers, comme je l'ai tout aussi modestement prévu, ont repris leurs taille et importance habituelles conformes à leur nanisme historique.

Hamad, le premier ministre d'un micro-Etat, pour autant qu'on puisse qualifier un puits de gaz d'Etat, avait, il y a de cela quelques mois, déclaré que tout ce qu'il craint, c'est de devoir à nouveau embrasser les moustaches d'Assad (chez les bédouins, on s'embrasse sur la moustache). Eh bien, je crains, moi, qu'il ne doive songer à embrasser d'autres parties de l'anatomie du Président Syrien et pas forcément les plus avenantes.

 

 

01/02/2012

Exploits médiatiques

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1. Bavure. Dans le dictionnaire, on trouve : erreur fâcheuse et généralement grave. Curieusement, l'exemple le plus souvent cité est celui de la bavure policière. Lorsque des policiers tirent et tuent, par erreur, des malfrats, on parle de bavure. Lorsque des malfrats tirent sur des policiers, on parle de meurtre, d'assassinat. Lorsque l'armée américaine tire des missiles sur des personnes célébrant un mariage dans un village en Afghanistan et en tue quelques dizaines, on parle de bavure. Si ce sont des Talibans que tuent des « soldats » Américains, on parle d'insurgés et de terroristes.

Un seul cas échappe à cette règle, la « bavure » de ce que nos médias ont convenu d'appeler les « opposants syriens » à Homs. Je ne serais pas étonné de voir même la définition du dictionnaire s'inverser après cette « bavure ». Ainsi, nos valeureux guerriers de l'information ont-ils commencé par imputer le meurtre/assassinat (ce n'était pas « encore » une bavure) au pouvoir syrien le qualifiant de crime d'état. A la découverte de la vérité, la version a complètement changé et la quasi-totalité de nos médias qualifièrent l'accident de bavure. Quasi-totalité ? A l'exception des premiers diffuseurs : La Liberté, Le Courrier et l'Hebdo. Au fait, où en est-on du professionnalisme journalistique, de la recherche de la vérité, de la commission d'enquête international, etc. ? Vous ne pleurez plus de chaudes larmes sur votre pauvre confrère ?

2. Manifestations pacifiques. Dans le dictionnaire, cela donne : rassemblement, défilé populaire destinés à manifester une intention politique, à exprimer une protestation. L'exploit de nos médias est ici phénoménal : on montre ouvertement des insurgés et des groupes armés, d'une soi-disant armée syrienne libre, on parle de « combats » avec l'armée régulière, on parle (voire on jubile) de ces mêmes terroristes contrôlant des secteurs et des quartiers mais on continue, comme si de rien n'était, de parler d'un pouvoir syrien réprimant l'opposition.

Rassurez vous, si vous êtes encore vivants, ce n'est QUE parce que le ridicule ne tue pas.

3. Obus. Dans le dictionnaire, on trouve : projectile explosif lancé par une pièce d'artillerie. Les effets sont généralement assez importants, voire parfois dévastateurs. Des trous béants. Il paraît, nos médias le confirment, que l'armée syrienne, on ne sait plus laquelle, tire avec ses chars et, précisément, ses pièces d'artillerie, sur les « manifestants pacifiques ». Pour preuve, on nous montre des images postées sur le net. J'ai beau chercher, pas une seule ne montre un char tirer, pas un seul trou...à moins que ce ne soit dans certains cerveaux.

4. Jubilation. Dans le dictionnaire, on trouve : grande joie, liesse. Nos valeureux guerriers de l'information on rapporté, mot pour mot (jubilation à peine dissimulée) que les membres de l'ASL seraient aux portes de Damas et qu'ils contrôleraient une grande partie du pourtour de la Capitale (ils deviennent même des spécialistes de la région et nous parlent de Harasta, Douma, Zabadani, etc.).  Quelques heures après, alors que la vraie armée, n'utilisant pour l'instant que des petits joujoux, pourchasse, tue ou fait prisonniers la plupart de ces terroristes, les mêmes professionnels (il paraît qu'ils suivent une formation spéciale), ont rapporté la nouvelle en ces termes : le régime syrien continue sa « répression » sanglante.

Franchement, j'essayerais de mon mieux de dissimuler ma condescendance : que pouvons-nous attendre en réponse à des gens qui combattent et font la guerre ? Quoique, il paraît maintenant qu'en France, certains veuillent actionner la justice pour obtenir réparation après la mort des leurs faisant...la guerre. Vous savez quoi ? Je crois que le grand fautif dans toute cette histoire est...Nintendo.

Pour le reste, il paraît que les bédouins ont obtenu ce qu'ils voulaient, transférer le dossier syrien au Conseil de Sécurité. Je n'ai à vrai dire jamais compris le but de cette manœuvre, mais bon, si cela les amuse. Plus sérieusement, la Russie, mais aussi la Chine qui semble re-durcir sa position, ont signifié une fin de non recevoir définitive à l'empire et ses vassaux mourants : aucun moyen de soutenir une résolution condamnant la Syrie de « quelque » manière que ce soit, qui lui impose des sanctions, qui demande un changement de pouvoir, rien. Pour peu, Lavrov allait qualifier Juppé d'imbécile. Il a dû remarquer que ce n'était pas nécessaire.

Pourquoi la Russie peut se permettre d'agir de la sorte ? La raison en est très simple : parce qu'elle ne risque rien. Mieux, elle ne peut plus se permettre des revirements de dernière minute qui lui ferait perdre toute crédibilité dans la région et partout ailleurs dans le monde. On ne peut plus l'étrangler économiquement et c'est même plutôt le contraire qui est vrai.

C'est tant mieux.

P. S. Ce billet a été écrit avant la réunion du Conseil de Sécurité au sujet de la Syrie. Les USA et leurs vassaux mourants ont envoyé l'artillerie lourde : tous leur ministres des affaires étrangères, alors que la Russie se contenta de son ambassadeur. Voilà, même un âne aurait dû comprendre : toute proposition, présente ou future, est par avance refusée.

 

08:30 Écrit par Jean-Souhel Gowrié | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hamouche, sieber, le courrier, hebdo, la liberté