12/12/2011

Et maintenant la Russie (2)

Selon des informations, pour l'instant confidentielles, la Syrie disposerait d'informations extrêmement gênantes concernant le rôle actif et direct joué par les Américains et leurs « alliés » régionaux, Turquie et Qatar en tête, et s'apprêterait à les sortir au grand jour si les dernières négociations, visant à mettre fin à l'instabilité dans le pays, n'aboutissaient pas. Il semblerait même que les services secrets syriens aient fait prisonniers des officiers de l'armée turque qui se trouvaient dans les régions de Deraa et de Homs.

Est-ce que cela explique le silence inhabituel de l'Ottoman ? Probablement. Il est par ailleurs curieux de constater que la Turquie, pouvant plaisanter avec tout sauf lorsqu'il s'agit de son prestige militaire, n'ait pas réagi aux mouvements de troupes syriennes à ses frontières, à la déclaration de l'armée syrienne qu'elle détruirait toute zone tampon entre les deux pays. Les autorités turques cherchaient même à temporiser hier niant les informations selon lesquelles l'armée syrienne aurait tiré sur des éléments armés qui essayaient d'entrer en territoire syrien.

Nous verrons.

Revenons à la Russie. A l'instar des manifestations « pacifiques », je ne m'en lasse pas, pour la liberté et la démocratie dans les pays arabes et suite à la mise dans les roues des USA de quelques bâtons russes, empêchant la mise en œuvre du plan américain global pour le Moyen Orient, l'Oncle Sam a actionné ses pions dans la capitale russe : effondrement du tandem Medvedev-Poutine de plus de 15% en l'espace de quelques semaines, manifestations géantes pour dénoncer les manipulations des élections...Rappelons une fois encore que, il n'y a de cela que quelques semaines, les deux hommes étaient crédités de plus de 65% d'avis favorables.

Le prix du retour à la stabilité en Russie serait-il que celle-ci « lâche » la Syrie ? Tout dépendra de la manière dont Poutine règlera, plus ou moins rapidement, le problème « interne ». Le pari américain n'est pas pour autant gagné, car parmi les opposants russes on trouve notamment...les communistes, pas forcément amoureux fous de l'Oncle Sam.

Tout va donc dans le même sens : empêcher les Russes d'étendre leurs zones d'influence dans la région. Ces derniers viennent de s'octroyer une grande victoire à travers le gazoduc qui alimente maintenant l'Europe, augmentant la dépendance de celle-ci vis-à-vis de la Russie et la diminuant face aux Américains (par le truchement du gaz qatari qui ne peut plus rivaliser car nécessitant des opérations de liquéfaction avant son acheminement vers les pays consommateurs). Ce n'est pas non plus par hasard si le grand projet du Gazoduc Nabucco a pris autant de retard, on parle maintenant de 2017 au plus tôt. Nabucco, quèsaco ?  Sans aller dans les détails, il s'agit d'un projet américain rassemblant les gaz produits dans toute la région, y compris dans l'est de la Méditerranée, pour l'acheminer vers l'Europe à travers la Turquie, en évitant même la Grèce. Isoler la Russie, y compris et surtout pour ce qui est de ses possibilités d'écouler ses ressources naturelles, en la contournant.

Révolution orange en Ukraine, où passait le gaz russe vers l'Europe, des pressions sur la Biélorussie, où passe aussi une partie du gaz russe. La guerre, du gaz, arriva à son paroxysme lorsque les Russes ont coupé le gaz acheminé via l'Ukraine. Pressions américaines sur les Européens pour accepter leur projet, les Russes soulignent la fragilité des projets américains et leur vulnérabilité face aux attaques « terroristes » et sabotages. L'Ukraine est finalement lâchée et les « Orangistes » sont écartés avec la bénédiction des Européens. Leur cheffe de file ira bientôt même en prison. Les projets américains semblent par ailleurs compromis par leurs échecs successives et retentissants :Afghanistan, Iraq (seul pays arabe, avec la Jordanie, à refuser d'appliquer une quelconque sanction contre la Syrie alors qu'il est encore sous « occupation » américaine, c'est dire), défaite de la guerre de 2006 au Liban, etc.

Les Américains essaient maintenant d'aller frapper au cœur. Certains médias, TSR ce dimanche, commencent même à en parler : même méthodologie qu'en Egypte. Moubarak est tombé, est-ce que Poutine tombera ?

Pas sûr. Pas sûr du tout. Ils ont essentiellement parié sur des régimes qui leur doivent beaucoup, ou d'autres qu'ils ont fait tomber par la force. Dans le cas présent, ni la Syrie, ni la Russie ne leur doivent un centime, quant à l'usage de la force...on vous attend.

Comme d'habitude, une petite question, destinée notamment aux remplisseurs de colonnes de journaux : pourquoi tant d'acharnement de la part des Américains et, accessoirement, Français (on entend déjà moins les Anglais et plus du tout les autres, Qatar mis à part) ? Attention, ceux qui répondront que le motif est la défense de la démocratie et la liberté recevront un...bonnet d'âne.

N'en déplaise aussi aux remplisseurs de colonnes de journaux, près de 10 mois après le début des troubles en Syrie, aucun diplomate, lisez bien : aucun, même pas un concierge d'ambassade, n'a fait défection (analysez). Ne leur en déplaise aussi, ABC, grande chaîne d'information américaine, vient de se confondre d'excuses à n'en plus finir pour avoir déformé l'interview qu'une de leurs journalistes vient de faire avec le Président Syrien. Ils viennent de diffuser l'interview dans son intégralité en ajoutant ces commentaires : Assad n'est pas Khaddafi, il n'est pas non plus Moubarak, ni Ben Ali.

 

05/12/2011

Elections en Russie : manipulées ? Et alors ?

Voici la dernière trouvaille de nos médias, je ne m'en lasse pas, indépendants et tout à fait libres : les élections russes sont, ils l'affirme déjà au présent, entachées d'irrégularités. Irrégularités par ci, irrégularités par là, pressions, intimidations, matériel informatique saisi chez les opposants, sites internet, parait-il, miraculeusement inatteignables, etc.

Et alors ?

Quelqu'un a déjà entendu parler de l'adage : on balaie d'abord devant sa porte ? Non ?

Commençons par le pays dépositaires des droits de l'homme dans le monde : la France. Il parait que les socialistes accusent l'actuel président et sa majorité d'une sorte de...fraude électorale. Plus précisément, le président actuel, sans être officiellement candidat, l'est tout de même un peu et financerait sa future campagne, qui n'a pas encore commencé, en utilisant l'argent publique. Vous suivez ?

En France, il y a aussi une autre spécialité : les parrainages de candidats. Kesako ? Pour pouvoir se présenter aux élections présidentielles, le candidat doit au préalable réunir « quelques » conditions : entre autres, réunir au moins 500 parrainages d'élus. En cherchant un peu, on trouve le nombre « hallucinant » de 45'000 grands électeurs potentiels. Et pourtant.

A cinq mois des élections, certains candidats n'ont toujours pas réussi à réunir les parrainages nécessaires. C'est certainement dû au hasard. Rien n'empêche non plus d'aider le hasard à coup de...pressions, intimidations, promesses diverses et variées...

A ceux qui saisiront immédiatement l'occasion pour dire : ah... le voilà, il veut parler de la candidate Le Pen, je dis : j'ai le droit de parler de qui je veux. Je suis en ...démocratie, non ? Pour le reste, trouvez-vous normal qu'en démocratie, plus de 20% des gens, selon les derniers sondages, ne trouvent personne pour les représenter dans l'Assemblée la plus démocratique de la République ?  Et voilà que certains, les même que tout à l'heure probablement, sauteront sur l'occasion pour dire : n'oublions pas que Hitler a été élu grâce à des élections parfaitement démocratiques. Mais alors, on module la démocratie comme on veut ? A ceux-là je dis aussi : merci de mettre de l'eau dans mon moulin, je suis parfaitement d'accord mais alors, manipulations pour manipulation et pressions pour pressions, chacun se débarrasse de ses adversaires comme il peut. Et puis, un peu d'indulgence, ce serait sympa de notre part.

Les spécialistes, encore eux, et professionnels  de l'information, encore eux, ont tout de suite trouvé toutes les excuses possibles et imaginables aux « électeurs » du printemps arabe : nous avons eu besoin de plus de 160 ans, 1789 - 1950 grosso modo, pour que notre démocratie puisse s'installer, donnons-leur un peu de temps pour s'habituer (ils parlaient des supporters des salafistes). Allez, soyez sympas, donnez aux électeurs des ex-états soviétiques un peu de temps. Ils n'en sont sortis que depuis une petite vingtaine d'années. Ça leur laisse 140 ans pour s'habituer à votre manière de manipuler les élections.

Merci la Russie. Si c'est pour en arriver à cet état généralisé de décrépitude et de délabrement et si la Russie devait, peut-être, être un des derniers remparts, alors vivent les manipulations électorales à la russe.