25/04/2014

Ukraine : ce que la Russie devrait faire

Al Mutanabbi est probablement le plus grand poète arabe de tous les temps. Prolifique, le verbe facile et parfois acerbe, il gagnait sa vie, comme beaucoup de ses prédécesseurs et ses successeurs, en chantant les louanges de son "protecteur", en l'occurrence Saif Al Dawla Al Hamdani, prince d'Alep, tiens, déjà. Entré en disgrâce, il part pour l'Egypte où il entre dans le service du prince Kafur, un eunuque originaire de Nubie, d'où l'appellation de "abd" (qui, en arabe, signifie à la fois esclave et...noir).

Tout cela pour dire qu'un des vers les plus célèbres du grand poète, après que celui-ci se disputa avec Kafur, fut :

"N'achète l'esclave que s'il a son propre fouet avec lui. Car les esclaves sont infectes et des bons à rien dangereux".

Comme il avait raison, Al Mutanabbi : le prophète, en arabe.

Contrairement à ce que croient la plupart des observateurs, la Russie devrait ignorer totalement les USA. Faire comme si ses derniers n'existaient pas, c'est parfaitement possible. Et se concentrer sur "les laquais", le maillon faible de la chaîne : les Européens. L'Europe, où, désormais, tout le monde se sert.

Il n'aura échappé à personne, ou peut-être que si, que, échaudés pour très longtemps par leurs échecs cuisants et coûteux en Afghanistan et en Irak, les USA ont complètement changé de tactique. Inutile de s'engager directement dans des guerres coûteuses en hommes, matériel et argent, avec un retour sur investissement plus qu'hypothétique. Désormais, c'est par procuration. On trouvera toujours des larbins locaux près à vendre leurs mères pour bien moins que 30 pièces d'argent. L'ennemi ultime est toujours le même : la Russie.

Et c'est le grand lot assuré...à tous les coups.

Si les larbins prennent le dessus, c'est la main mise sur le pays pour presque pas un centime. Mieux, puisque le pays en question est en ruine (p.ex l'Ukraine) ce sera alors par "l'aide économique" qu'on le mettra complétement sous tutelle. Ce ne sont certainement pas les laquais de Kiev qui s'y opposeront. Si, en revanche, cela ne marche pas (p.ex la Syrie), c'est alors la ruine presque totale. Dans les deux cas, le but est atteint. Parfois, c'est les deux à la fois : les laquais sont bien "aux commandes" mais le chaos règne (la Libye).

Jusqu'à maintenant, seul la Géorgie a échappé à ce scénario et pour cause : la Russie n'avait pas tergiversé à l'époque.

C'est exactement, en beaucoup plus violent, ce que les Russes devraient faire e Ukraine. Et cela sans s'engager d'une manière trop directe. Viser directement et personnellement les "laquais" de Kiev. La Russie aurait dû commencer par asphyxier l'Ukraine : réclamer le remboursement intégral de sa dette, énorme et mettre en place ensuite un véritable embargo économique. Ce serait tant mieux si les Occidentaux se chargent de la note. Si, par la suite, l'Ukraine a des velléités à la géorgienne, c'est alors que la Russie pourrait y intervenir, à la géorgienne aussi.  L'armée russe peut ne pas entrer en Ukraine, les USA en seraient ravis. Les missiles russes, si. Beaucoup de missiles en très peu de temps. 48 heures sans interruption avec pour but la capitulation déclarée et, probablement, la fuite des larbins chez leurs "protecteurs" de ce côté-là de l'Oural.

L'étape suivante devrait viser les Européens, laquais de luxe.

Nuland avait raison : "Fuck the EU"

09:30 Écrit par Jean-Souhel Gowrié | Lien permanent | Commentaires (36) | Tags : europe, nuland, usa, russie, ukraine, al mutanabbi

12/12/2011

Et maintenant la Russie (2)

Selon des informations, pour l'instant confidentielles, la Syrie disposerait d'informations extrêmement gênantes concernant le rôle actif et direct joué par les Américains et leurs « alliés » régionaux, Turquie et Qatar en tête, et s'apprêterait à les sortir au grand jour si les dernières négociations, visant à mettre fin à l'instabilité dans le pays, n'aboutissaient pas. Il semblerait même que les services secrets syriens aient fait prisonniers des officiers de l'armée turque qui se trouvaient dans les régions de Deraa et de Homs.

Est-ce que cela explique le silence inhabituel de l'Ottoman ? Probablement. Il est par ailleurs curieux de constater que la Turquie, pouvant plaisanter avec tout sauf lorsqu'il s'agit de son prestige militaire, n'ait pas réagi aux mouvements de troupes syriennes à ses frontières, à la déclaration de l'armée syrienne qu'elle détruirait toute zone tampon entre les deux pays. Les autorités turques cherchaient même à temporiser hier niant les informations selon lesquelles l'armée syrienne aurait tiré sur des éléments armés qui essayaient d'entrer en territoire syrien.

Nous verrons.

Revenons à la Russie. A l'instar des manifestations « pacifiques », je ne m'en lasse pas, pour la liberté et la démocratie dans les pays arabes et suite à la mise dans les roues des USA de quelques bâtons russes, empêchant la mise en œuvre du plan américain global pour le Moyen Orient, l'Oncle Sam a actionné ses pions dans la capitale russe : effondrement du tandem Medvedev-Poutine de plus de 15% en l'espace de quelques semaines, manifestations géantes pour dénoncer les manipulations des élections...Rappelons une fois encore que, il n'y a de cela que quelques semaines, les deux hommes étaient crédités de plus de 65% d'avis favorables.

Le prix du retour à la stabilité en Russie serait-il que celle-ci « lâche » la Syrie ? Tout dépendra de la manière dont Poutine règlera, plus ou moins rapidement, le problème « interne ». Le pari américain n'est pas pour autant gagné, car parmi les opposants russes on trouve notamment...les communistes, pas forcément amoureux fous de l'Oncle Sam.

Tout va donc dans le même sens : empêcher les Russes d'étendre leurs zones d'influence dans la région. Ces derniers viennent de s'octroyer une grande victoire à travers le gazoduc qui alimente maintenant l'Europe, augmentant la dépendance de celle-ci vis-à-vis de la Russie et la diminuant face aux Américains (par le truchement du gaz qatari qui ne peut plus rivaliser car nécessitant des opérations de liquéfaction avant son acheminement vers les pays consommateurs). Ce n'est pas non plus par hasard si le grand projet du Gazoduc Nabucco a pris autant de retard, on parle maintenant de 2017 au plus tôt. Nabucco, quèsaco ?  Sans aller dans les détails, il s'agit d'un projet américain rassemblant les gaz produits dans toute la région, y compris dans l'est de la Méditerranée, pour l'acheminer vers l'Europe à travers la Turquie, en évitant même la Grèce. Isoler la Russie, y compris et surtout pour ce qui est de ses possibilités d'écouler ses ressources naturelles, en la contournant.

Révolution orange en Ukraine, où passait le gaz russe vers l'Europe, des pressions sur la Biélorussie, où passe aussi une partie du gaz russe. La guerre, du gaz, arriva à son paroxysme lorsque les Russes ont coupé le gaz acheminé via l'Ukraine. Pressions américaines sur les Européens pour accepter leur projet, les Russes soulignent la fragilité des projets américains et leur vulnérabilité face aux attaques « terroristes » et sabotages. L'Ukraine est finalement lâchée et les « Orangistes » sont écartés avec la bénédiction des Européens. Leur cheffe de file ira bientôt même en prison. Les projets américains semblent par ailleurs compromis par leurs échecs successives et retentissants :Afghanistan, Iraq (seul pays arabe, avec la Jordanie, à refuser d'appliquer une quelconque sanction contre la Syrie alors qu'il est encore sous « occupation » américaine, c'est dire), défaite de la guerre de 2006 au Liban, etc.

Les Américains essaient maintenant d'aller frapper au cœur. Certains médias, TSR ce dimanche, commencent même à en parler : même méthodologie qu'en Egypte. Moubarak est tombé, est-ce que Poutine tombera ?

Pas sûr. Pas sûr du tout. Ils ont essentiellement parié sur des régimes qui leur doivent beaucoup, ou d'autres qu'ils ont fait tomber par la force. Dans le cas présent, ni la Syrie, ni la Russie ne leur doivent un centime, quant à l'usage de la force...on vous attend.

Comme d'habitude, une petite question, destinée notamment aux remplisseurs de colonnes de journaux : pourquoi tant d'acharnement de la part des Américains et, accessoirement, Français (on entend déjà moins les Anglais et plus du tout les autres, Qatar mis à part) ? Attention, ceux qui répondront que le motif est la défense de la démocratie et la liberté recevront un...bonnet d'âne.

N'en déplaise aussi aux remplisseurs de colonnes de journaux, près de 10 mois après le début des troubles en Syrie, aucun diplomate, lisez bien : aucun, même pas un concierge d'ambassade, n'a fait défection (analysez). Ne leur en déplaise aussi, ABC, grande chaîne d'information américaine, vient de se confondre d'excuses à n'en plus finir pour avoir déformé l'interview qu'une de leurs journalistes vient de faire avec le Président Syrien. Ils viennent de diffuser l'interview dans son intégralité en ajoutant ces commentaires : Assad n'est pas Khaddafi, il n'est pas non plus Moubarak, ni Ben Ali.