15/08/2012

10 jours en Allemagne, impressions (2) : l’UDC, a-t-elle raison ?

Une des premières choses qu'un « nouvel arrivé » (appelons-les comme cela) en Allemagne doit faire, après s'être débarrassé de ses papiers d'identité, est de s'adresser à un « spécialiste » de l'immigration, entendez par là quelqu'un qui connaît à la perfection les démarches et la tactique à suivre.

Le candidat à l'immigration part de Syrie, d'Irak, de Turquie ou d'ailleurs. Il est pris en main par un « passeur » (prix moyen 7'000 euros par personne) lequel commence par le débarrasser de ses papiers d'identité. Certains passeurs « honnêtes » ne touchent l'argent que si la personne arrive à destination. Une fois cette étape terminée, le candidat est pris en main par des locaux, la plupart du temps des membres de la famille. Il est « briefé » pendant quelques jours sur le discours et les termes exacts qu'il doit employer. Ce n'est qu'une fois certain que la « leçon » est bien apprise qu'il se livre aux autorités. La procédure est la suivante : les candidats, parfois des familles entières, sont mis dans des centres d'accueil (des « Heims ») où ils doivent passer quelques semaines avant d'être présentés devant le juge pour une première audience. D'après mes observations, le taux de rejet approche les 100%. C'est dire sur les convictions des autorités quant aux motivations réelles des candidats. Cela étant, tout le monde le sait et c'est le lendemain ou le surlendemain au plus tard que le candidat fait appel du jugement. Quelques mois passent, les enfants sont scolarisés et le cas repasse devant un autre juge. Cette fois, plus de 70% des cas reçoivent un avis favorable et un permis de séjour est délivré. Finalement, une infime minorité, la plupart du temps des jeunes hommes seuls, est vraiment renvoyée.

Je viens de décrire, à la virgule près, le parcours de la famille Halabi (nom d'emprunt) que je connais très bien. Le père de famille était cadre dans un service étatique. Propriétaire de son logement et dont la situation pouvait être qualifiée de normale, sous réserve de quelques pots de vin touchés par ci par là. Il a vendu sa maison, ainsi que toutes ses possessions et parti, avec sa famille, chercher « refuge » en Allemagne où d'autres membres de sa famille l'avaient précédé. Il vient, après trois passages devant les juges, d'obtenir un permis de séjour « annuel », ce qui le rendit furieux car il en voulait un permanent. L'Etat lui a offert une allocation pour logement de 600 euros (largement suffisant dans la région en question), ainsi que diverses autres allocations pour lui et sa famille. En Allemagne, ainsi que dans les pays scandinaves, on dit "être au social". Je lui pose une seule question : à supposer que ton parcours se répète exactement de la même manière et à la virgule près. Que les autorités allemandes ne forment aucune opposition à ton séjour et qu'elles te donnent toute la liberté et tous les droits de n'importe quel autre citoyen mais...sans un centime. On te laisse te débrouiller, chercher un travail, n'importe lequel et prendre ton destin en main.

Sa réponse fut sans équivoque : « t'es fou ? »

 

20/01/2012

Les demandes d’asile en Suisse explosent

Contrairement à ce que le titre pourrait le laisser penser, l'asile n'est pas vraiment le sujet central de ce billet. Voici ce dont il s'agit.

Lieu : Télévision Suisse Romande

Programme : Le Journal

Heure : 19H30

Introduction : les demandes d'asile ont augmenté de plus de 45% en 2011.

On parie que tous les journaux en parleront demain (ce billet est écrit le 19 janvier 2012)

Voici ce dont j'aimerais parler. A un moment de la présentation, le journaliste détailla les chiffres en parlant surtout de la deuxième position occupée par les Tunisiens, avec plus de 2'500 demandes, ce « malgré » la chute du régime Ben Ali.

Malgré, qui peut aussi, selon les circonstances, s'écrire mal gré, signifie : en dépit de, alors que, contrairement à ce que l'on aurait pensé, etc.

En l'occurrence et alors que (on ne dit pas malgré que) l'on « fête » le premier anniversaire de la révolution qui a chassé le dictateur, on semble surpris, encore et toujours. Comment est-ce possible ? On n'arrive pas à comprendre que, dans un monde merveilleux, démocratique et libre, débarrassé de son dictateur, certains puissent songer à le quitter.

Ça n'a pas marché en Tunisie, en Libye non plus, encore moins en Egypte. Allez, si on essayait la Syrie ? Là-bas, c'est sûr, ça marchera. Tous nos médias nous en assurent.

On ne sait en revanche pas ce qu'en pensent les habitants de Chiasso. On nous dit que l'office fédéral des migrations est accusé de fermer les yeux.

On se rappelle aussi d'une certaine Ada Marra qui nous disait, il y a de cela quelques mois, que non seulement tout le monde se trompait sur le risque de voir un afflux de réfugiés arriver, mais qu'au contraire, ces mouvements sont la « garantie » de l'exact contraire.

On ajoutera Madame Marra à la liste des brillants prévisionnistes.

J'écris ce billet en même temps que je regarde le reportage de France 2 consacré à Gilles Jacquier. J'en parlerai demain.

 

08:30 Écrit par Jean-Souhel Gowrié | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tunisie, syrie, suisse, asile, ada marra