24/09/2012

Innocence des Musulmans, Charly Hebdo, la dernière tentation du Christ et la décadence occidentale

Pour commencer, je n’ai pas visionné le navet qui a mis le feu aux poudres des fondamentalistes et autres salafistes du monde arabo-musulman. Je n’ai pas non plus vu la dernière tentation du Christ, ni le code Da Vinci, dont je n’ai pas lu le livre non plus. Impossible en revanche d’échapper aux caricatures de Charly Hebdo, dont je n’ai vu que celle de la couverture du journal satirique, par la force des choses. Elle est visible partout sur le net, y compris sur la page « home » de tdg.ch.

Je ne l’ai pas fait parce que je trouve cela au moins sans intérêt. Je ne vois en effet pas ce que tout cela changerait à ma connaissance, ou méconnaissance, amour, ou détestation, des sujets traités. Tout cela n’a pas la moindre importance.

Ce qui est important ce sont les réactions, au mieux comiques, mais le plus souvent tragiques et lamentables des différents « acteurs » de cette pièce dont le niveau s’apparente au mieux à celui d’une série Z.

Je ne commenterais pas les réactions des chefs des trois courants religieux les plus répandus dans nos contrées. Ils sont dans leur rôle et doivent avant tout penser à leurs commerces respectifs. Ce qui est plus significatif est la réaction des chefs « politiques » et, tiens tiens, certains « confrères » de ceux qui ont commis le forfait chez Charly Hebdo.

Ainsi, les gauchistes de tous bords, en France bien sûr, se sont élevés comme un seul homme, Fabius, bien évidemment, en tête pour condamner « l’inconscience » des responsables du journal en question, notamment « dans le contexte actuel ». Comprenez les violences suscitées par la diffusion sur le net du navet de Nakula, alias Bacile. Les Américains ont même été plus loin en déclarant, tenez-vous bien, que l’attaque contre leur consulat de Benghazi et la mort de leur Ambassadeur en Libye en même temps que trois de ses compatriotes, ne peut être considéré comme…un acte terroriste.

Les réactions de certains « confrères » est encore plus, comment dire…marrante. Nous lisons ainsi sur tdg.ch  les dessinateurs de presse romande sont partagés  que, en dehors de Burki, les dessinateurs romands ont des avis « plutôt négatifs » quant à l’opportunité de publier ces caricatures qui « n’apporteraient rien au débat ». Formidable. Je ne savais en effet pas qu’il y avait un débat et encore moins que les dessins de ces gens-là avaient pour but d’éclaircir certaines facettes restées obscures pour les lecteurs moyens que nous sommes. Philippe Becquelin, alias Mix et Remix, va encore plus loin. Il dit que « les Musulmans, extrémistes ou modérés, n’ont pas la culture des dessins de presse. Ces caricatures ne servent donc qu’à choquer ». Il considère par ailleurs qu’il est « délicat de jouer avec les religions des autres, surtout quand on n’en connaît pas les codes ». Et voilà.

Mix et Remix considère :

  1. Que les autres, autres que les musulmans, maitrisent parfaitement la culture des dessins de presse et qu’on peut dès lors y aller sans problème. Ainsi, les Chrétiens ne doivent pas être choqués de voir le Crucifix plongé dans un urinoir.
  2. Que, justification habituelle de la lâcheté de certains, on ne peut s’attaquer qu’à sa propre religion. Je ne savais en effet pas que ces dessinateurs, cinéastes, etc. étaient des catholiques.

Je suis remonté un peu en arrière pour voir quelles étaient les réactions de tous ces gens-là lors de la sortie du Dernière Tentation du Christ, Da Vinci Code, Crucifix dans l’urinoir, etc., et trouvé qu’ils ont aussi condamné. Euh, j’oublie juste de préciser qu’ils ont, systématiquement, condamné les…contestataires, catholiques en général. Ce jour-là, c’est la liberté d’opinion qui était sacrée.

Que peut-on en conclure et quel rapport avec le déclin occidental ?

  1. Que, manifestement et malheureusement, c’est uniquement par la force et l’intimidation qu’on peut soumettre les autres à sa volonté. Les faibles ont toujours tort, même si, dixit le Christ, les portes du Paradis leur seront grandes ouvertes. Les Américains n’ont déguerpis du Vietnam que forcés, de l’Irak qu’au prix de dizaines de milliers de morts et de blessés, de l’Afghanistan, bientôt, qu’au même prix. Les Espagnols ont quitté l’Irak au lendemain de « l’exécution » de 270 des leurs dans les gares d’Atocha, El Pozo del Tío Raimundo, Santa Eugenia, ainsi que dans un train juste en dehors d'Atocha à la Calle Téllez. Les italiens n’ont retiré leurs troupes d’Irak qu’au lendemain des images horribles montrant treize de leurs soldats morts trainés et piétinés dans les rues de Baghdad. Les Israéliens ont le monde à leurs pieds non pas parce que les habitants de celui-ci les adorent et compatissent à leur sort (les divers sondages, mondiaux, à ce sujet sont très claires). Mais parce qu’ils ont su se munir de la force, militaire, financière et politique nécessaires à la réalisation de leur destin. C’est la force, mais aussi la cupidité, qui obligent des Américains traumatisés pour toujours par les attentas « terroristes » du 11 septembre à déclarer que l’attaque de leur consulat à Benghazi n’est pas un acte « terroriste ».
  2. Quant au déclin, prévisible et inéluctable de l’Occident, il suffit de lire les lignes précédentes, si besoin est, pour le constater. Tout commence par le dénigrement de soi, le rejet de ses propres valeurs et histoire. Rome, contrairement à ce que l’on croit, n’est pas tombée en 476. Le 4 septembre 476, l’empereur Romulus Augustule n’a fait qu’abdiquer, comprenez qu’il n’a fait qu’entériner un état de faits établi. La chute, militaire, physique, appelez-là comme vous voulez, de l’empire, ne fut que le couronnement de sa longue et lente décadence, commencée à la fin du deuxième siècle de notre ère. Certains font remonter cela jusqu’à Caligula. La décadence, l’histoire nous l’enseigne, est avant tout morale. Ceux qui croient que l’empire Abbasside a duré jusqu’à la fin du 13e siècle ont tort. Ce sont les Germains des Abbassides, les Seljukides, qui tenaient en réalité les rênes du pouvoir.

Dans notre cas, c’est encore pire. Si, dans les exemples historiques, la décadence morale s’accompagnait systématiquement d’un affaiblissement militaire et économique, ce n’est de loin pas le cas de l’Occident actuel. On dirait que cette décadence est le résultat d’un processus inéluctable de reniement de nos valeurs, d’une détestation de soi. C’est une décision consciente, un suicide programmé.