13/09/2013

Les Anglosaxons...et les autres : la question syrienne

Qu'on les aime ou pas, les Anglo-saxons ont deux facultés dont la plupart des autres peuples sont maigrement pourvus : le pragmatisme et la capacité d'adaptation à toute situation que les "circonstances" leur imposent.

C'est , à peu près, l'unique raison expliquant l'hégémonie britannique sur le monde pendant plus de trois siècles et celle des USA ensuite.

Les dogmes ? Ils les laissent aux autres. Eux, ils cherchent plutôt l'efficacité. Celle, Parfois malheureusement, de l'éléphant, ou plutôt du Rhinocéros, détruisant sans distinction tout sur son passage.

Revenons à la question syrienne. Il y a de cela un peu plus de deux semaines, tout le monde qualifiait Cameron soit de lâche soit, au mieux, d'un hésitant s'étant tiré une balle dans son propre pied. Je n'ai jamais crû cela. Je crois au contraire que le Premier Ministre de sa Gracieuse Majesté s'en est impeccablement bien sorti. Il faut parfois non seulement lire entre les lignes, mais aussi observer les postures. La véhémence du ministre des Affaires Étrangères, Haig, n'avait d'égal que ses menaces répétées à l'encontre du régime de Damas. Jusqu'au jour où...il a reçu les premières analyses de ses services chargés d'enquêter sur la supposée attaque chimique de Ghouta près de Damas. Depuis, on ne l'entend plus. Mais plus du tout. Et hop...Cameron sort la consultation de son Parlement de sa pochette magique. Il est vrai que la GB, surtout lorsque cela l'arrange, est une grande démocratie.

Cela vaut la peine de s'attarder sur cet épisode car le sémillant Hussein Obama est en train de suivre le même chemin, toutefois d'une manière un peu plus maladroite.

Cameron nous a bien vendu son histoire de champion de la démocratie voulant s'assurer de l'adhésion de "son peuple". Un numéro d'artiste : il continuait à montrer une attitude extrêmement agressive envers la Syrie, faisait même croire à un lobbying très actif auprès des députés mais, derrière les coulisses, c'est le lobbying inverse dont il a chargé ses services d'exercer auprès des élus. C'est exactement ce que Obama a commencé à faire dès la semaine dernière. Ce dernier va jusqu'à demander à ses services de préparer la liste des cibles à attaquer mais, en même temps, décide de consulter, à son tour, le Congrès.

Comme Cameron, Obama "exerce" un "lobbying" très actif auprès des élus, en surface. Derrière, c'est l'exact contraire : on leur fait bien comprendre qu'il vaut mieux se montrer...hostiles à une intervention armée.

La face est sauvée.

Et qui est le dindon de la farce ? Les Français, comme d'habitude. Raison ? Dogmatiques, comme d'habitude.

L'affaire est même, je le crois, plus savoureuse que cela, si je puis m'exprimer ainsi. Tout le monde semble avoir totalement ignoré que la proposition fracassante de la Russie, concernant la mise sous surveillance internationale de l'arsenal chimique de la Syrie, qui semble avoir pris tout le monde de court, n'est en réalité pas du tout la leur. C'est Kerry, oui, Kerry lui-même qui, deux jours auparavant, à Londres, en a parlé le premier.

C'est Kerry qui demande mais c'est Lavrov qui propose.

De nouveau, la face est sauvée. Et qui est, de nouveau, le dindon de la farce ? Je vous le donne en mille.

La suite, on la connaît. Une offensive russe tous azimutes. Sans possibilité pour personne d'autre d'en placer une. La dernière en date, sous forme d'une leçon magistrale sur la manière dont les affaires du monde doivent être conduites, est l'interview accordée par Poutine au New York Times, calmement, sans agressivité. En vrai homme d'état, pour une fois, leader d'une "vrai" grande puissance, n'en déplaise à certains esprits chagrins. Ceci ne l'empêche toutefois pas, dans la même tribune, de hausser encore un peu plus le ton en, cette fois, mettant en garde les Américains contre toute velléité d'intervention militaire en Syrie.

Je terminerais par une nouvelle qui doit certainement faire plaisir aux producteurs de l'émission Infrarouge, qui s'est, mardi dernier, consacrée à faire la énième promotion de la CNS, vous savez, ceux qui veulent que l'on bombarde leur propre pays. Les "purs" qui veulent remplacer le régime corrompu de Damas, ramassant, au passage, les miettes que les monarchies bédouines daignent leur jeter. L'ASL, comprenez Armée Syrienne Libre, vient de déclarer qu'elle refuse l'initiative russe. Il y a aussi le CNS, très chère à l'émission Infrarouge, qui a fait de même.

Puisque cette initiative vise à...contrôler les armes chimiques (l'ASL et ses maîtres à Washington et Paris accusent le régime de les avoir utilisées), ils doivent, à l'ASL et à la CNS (Coalition Nationale Syrienne, hôtes du Qatar et de la Turquie), plutôt s'en réjouir, non ?

Commentaires

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http://rutube.ru/video/84cc5b33d69592d2dc22988e0d325bfb/

Fred vB

Écrit par : Fred | 15/09/2013

Pierre Leconte n'est pas n'importe qui (voir: http://www.forum-monetaire.com/?page_id=29 ou http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Leconte)
Sur son "Forum monétaire de Genève pour la paix et le développement" on peut lire depuis aujourd'hui (perso, je n'irais pas jusqu'à donner le Nobel de la Paix à V. Poutine, encore que quand on sait que c'est indirectement la CIA qui désigne le lauréat, ça ne manquerait pas de sel):

"Pour Poutine le prix Nobel pour la Paix, Pour Obama et Hollande le bonnet d’âne…

Ainsi que nous le pensions (et l’espérions), ni Obama (une sorte de Jimmy Carter en pire), dont l’incompétence et l’amateurisme ont encore une fois pu être constatés, ni Hollande (le capitaine de pédalo qui s’était auto-promu un peu vite Amiral de la flotte), dont l’égo est ridiculement disproportionné par rapport à son poids réel, n’ont pu imposer leur dangereux agenda dans la crise syrienne qui aurait pu, si Poutine n’avait pas été là, dégénérer en guerre régionale au Moyen Orient voire en guerre mondiale. L’affaire n’est pas réglée mais le risque de guerre américano-française contre l’État souverain de Syrie est écarté, les djihadistes étrangers soutenus et financés par l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie, ne seront pas placés à la tête du pays et une solution politique sera trouvée entre Syriens (Washington et Moscou relancent la piste “Genève 2″) dans le cadre de l’ONU avec la destruction des stocks d’armes chimiques vraisemblablement détenues aussi bien par le gouvernement que par la rébellion, ce qui suppose un accord de cesser le feu au préalable entre eux.

Reste que l’impérialisme US et l’ingérence française (une thèse illégale en droit international promue par Fabius, Kouchner, B.H. Lévy et consorts) continueront de faire des dégâts, mais ces deux forces auront perdu tellement de poids si la stratégie russe réussit qu’elles ne seront plus en mesure de se manifester avant longtemps dans les affaires internationales. Le problème pour les USA et la France, c’est que ces pays vont devoir encore supporter leurs mauvais dirigeants pendant près de trois ans, suffisamment de temps pour faire beaucoup de dégâts supplémentaires sur les économies US et française qui sont celles qui à nouveau se dégradent le plus vite …"
Source: http://www.forum-monetaire.com/

J'ajoute que je doute fortement que dans trois ans de meilleurs candidats se trouvent miraculeusement sur les bulletins de vote, quel que soit le pays

Fred vB

Écrit par : Fred | 15/09/2013

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