26/06/2012

Turquie - Syrie : l'escalade ?

J'emprunte volontiers le début de ce billet à un de mes commentateurs qui a très justement souligné la différence de langage, de contenu et de ton des Turcs immédiatement après le tir syrien réussi sur un de leurs chasseurs et deux jours après, c'est-à-dire après consultation avec les Américains.

Au début, en effet, le président turc et son premier ministre ont admis que leur chasseur aurait pu violer l'espace aérien syrien. Hier, pourtant, les deux parlaient d'acte hostile très grave de la part de la Syrie. Acte hostile grave ? Est-ce le début de la phase finale de l'offensive occidentale ? Nous ne pouvons pas l'exclure. Il semblerait en tout cas que tout le monde s'y prépare, y compris les Russes.

Les coïncidences sont en tout cas très troublantes. L'accélération et la simultanéité de certains évènements le sont encore plus.

Ainsi, en l'espace de trois jours, un colonel de l'armée de l'air syrien part, avec son chasseur MIG 21 se réfugier en Jordanie. J'y reviendrai. A peine 24 heures après, la défense aérienne syrienne abat un chasseur turc (on nous dit même qu'il ne volait pas seul et que le deuxième avion fut aussi touché mais qu'il a réussi à regagner sa base). C'est en même temps qu'une demi douzaine d'officiers de l'armée syrienne fuient, avec femmes et enfants, vers la Turquie qui devient de fait en état de guerre avec la Syrie. Tout cela ne peut être fortuit.

A l'intérieur du pays, il semblerait aussi que tout retour en arrière est désormais exclu. La guerre armée régulière-terroristes et mercenaires est définitivement engagée. Le scenario libyen est dès lors bel et bien présent, non pas celui exécuté par l'OTAN mais une variante se basant essentiellement sur la faune locale d'abord. Il est fort probable que l'OTAN, même si je continue à croire que toute intervention directe de sa part serait suicidaire (les Russes semblent en effet décidés à intervenir eux aussi directement), fournira armes et soutien logistique et militaire limité, en attendant de voir. Dès lors, la stratégie, militaire, de la Syrie est claire : tout doit aller vite, très vite. Aucun répit ne doit plus être accordé aux terroristes. D'où la contre-stratégie occidentale : provoquer un énième incident, histoire de retarder cette échéance et donner du temps aux insurgés.

Le fait le plus marquant depuis vendredi est le silence « relative » des Russes. Alors que leurs dirigeants répondaient du tac au tac et élevaient un mur infranchissable contre toute velléité d'agression vis-à-vis de la Syrie, on les a très peu entendus depuis deux jours. Je vais peut-être surprendre mais j'y vois un bon signe, pour la Syrie. Les Russes sont entrés dans une phase d'engagement effectif.

Les Occidentaux voulaient provoquer les Syriens avec l'histoire du chasseur turc, les Syriens, mais aussi et surtout les Russes, ont répondu sans hésiter en testant, à leur tour, leur matériel et les moyens, ultramodernes, de défense aérienne.

Je regrette d'emblée ce qui va suivre mais force est de constater qu'en semant le vent, on récolte la tempête.

Une véritable guerre est maintenant engagée en Syrie. Il va falloir un gagnant et un perdant.

Une sorte de troisième guerre mondiale est aussi engagée. Là aussi, il va falloir des gagnants et des perdants.

Je ne crois pas que les Russes vont se permettre d'être dans le camp des perdants et ils ont parfaitement les moyens de se trouver dans l'autre camp. Simplement parce que les Occidentaux n'ont plus les moyens de leurs ambitions.

Je le dis à regret mais c'est tant mieux. Car trop c'est trop.

 

08:00 Écrit par Jean-Souhel Gowrié | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : turquie, syrie, gowrié, occident, russie, erdogan, assad

Commentaires

Dans son discours de ce mardi 26, Erdogan déclare que son pays ripostera à toute violation de sa frontière par la Syrie.
Mais il admet que l'appareil turc a violé momentanément et par mégarde l'espace aérien syrien !

Retourner les faits en parlant de violation des frontières par la Syrie s'apparente à une propagande un peu grossière, censée mobiliser le nationalisme turc et ressouder une population divisée. On est en pleine gesticulation d'un Erdogan en difficulté dans son propre pays.

Les déstabilisateurs de la Syrie, trop contents d'une opportunité supplémentaire (on peut aussi fabriquer une opportunité) accompagnent et renforcent cette propagande.

Cette attitude est à l'opposé de celle de la Russie.
Cette dernière produit des déclarations calmes et fortes qui pourraient ressembler à : "on vous attend, nous sommes prêts".
Pour preuve, le communiqué (passé inaperçu) concernant le navire MV Alaed. Ce navire est reparti sous pavillon russe (au lieu de Curaçao précédemment), escorté d'au moins un bateau civil comme témoin, pour éviter toute tentative d'abordage ou de sabotage. Il a même été confirmé que le MV Alaed transportait bien des hélicos de retour de maintenance.

Nul ne peut se réjouir de cette évolution, mais nul ne peut plus accepter les mensonges, la désinformation et l'hypocrisie des déclarations occidentales. (Le Golfe est curieusement silencieux sur ce coup).

Écrit par : Chamaco | 26/06/2012

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