06/02/2012

Véto sino-russe et cercle des amis de la Syrie

 

Voici en quelques mots le résumé de la soirée de samedi au Conseil de Sécurité à New York. Je ne vais ni qualifier ni analyser le double véto, historique, de la Russie et de la Chine (cette dernière n'avait pas besoin de le faire mais elle l'a fait tout de même) mais surtout les réactions violentes et inédites, à l'intérieur et extérieur de ce même Conseil de Sécurité à la suite de ce vote. La rapidité des «  décisions » notamment française et américaine prouvent la justesse de celles de la Chine et de la Russie.  Français et Américains n'ont pas fait leurs déclarations en réaction au double véto, leurs discours étaient déjà prêts : « nous allons continuer et intensifier notre aide aux forces de l'opposition syrienne ». Tout est dit. Quelques minutes après, on apprenait aussi la constitution du « Cercle des Amis de la Syrie ». Cela vous rappelle quelque chose ?  Mais si, la Libye. Ça a commencé comme cela. La Russie avait donc raison sur toute la ligne, le scénario libyen était déjà sur le tapis. Continuer et intensifier l'aide ? Continuer à fournir armes, munitions, aide militaire et logistique, renseignements ? Oui.

Dans le temps l'Arabie Saoudite en avait le monopole, le Qatar prend maintenant le relais : financer et armer tous les mouvements jihadistes et salafistes possibles et imaginables. Les Talibans furent créés par les Américains , armés, soutenus et financés par les Saoudiens. Les terroristes d'aujourd'hui sont mis en place paNous avons créé AlQaida.JPGr les Américains et les Français et se font armer et financer par les Qataris. Je me permets à ce propos de rappeler encore une fois que le chef militaire de la région de Tripoli, en Libye, est le numéro deux d'Al Qaïda dans la région, rien de moins que cela.

Toute la stratégie des Occidentaux consiste à donner la possibilité au insurgés de contrôler un point d'entrée en Syrie, tous les efforts des autorités syriennes consiste à éviter une telle éventualité à tout prix. Ce n'est pas pour rien que, depuis le premier jour, oui le premier jour, on tourne systématiquement autour des mêmes points : Deraa (frontières jordaniennes), Zabadani (frontière libanaises), Homs (frontières libanaises), Idlib et Jisr el Choughour (frontières turques) et ainsi de suite. Il est par ailleurs plus qu'étrange de constater que les essais sur les autres frontières, Deir el Zor et Boukamal (frontières irakiennes) et Hassaké (frontières turco-irakiennes), sont restés sans lendemain. La Syrie entre donc parfaitement dans le plan global de remodelage de cette partie du monde. La Russie ne s'en est malheureusement rendue compte que tard, mais assez à temps pour déclencher l'énorme colère des Occidentaux, lesquels savent qu'ils ne pourront pas faire plier les Russes, surtout pas économiquement.

Revenons aux « essais » abandonnés. Au sud -est et à l'est, il y a l'Irak qui semble avoir complètement échappé au contrôle des Américains et refuse obstinément d'entrer dans leur jeu. Au Nord, le cas de la Turquie semble un peu plus compliqué mais le silence assourdissant et très abrupt de celle-ci est plus que significatif. On ne parle même plus du soi-disant camp de réfugiés syriens sur la frontière et l'Armée Syrienne Libre, ASL, semble avoir complètement disparu de la région, à l'exception de son chef : Riad el Assad. Selon certaines sources, les autorités syriennes auraient fait prisonniers des dizaines d'agents turcs et que la Turquie négocierait le libération de ceux-ci et, surtout, la non diffusion de leurs aveux contre la livraison de ce colonel. Un premier échange avait déjà eu lieu il y a de cela quelques semaines (plusieurs agences l'ont rapporté), celui concernant le commandant déserteur Hussein Harmouche.

Et la suite ?

Ma réponse peut paraître étrange mais j'y crois vraiment : il ne faut pas qu'il y ait un...vainqueur . Comme tout porte à croire que, militairement, ni cette ASL ni ses soutiens ne pourront faire le poids et  si l'on veut vraiment éviter un bain de sang qui, hélas, ne servira à rien, il faut se battre pour une solution à 100% syrienne. S'être dépêché pour tomber dans les bras des Américains, Français, Anglais et quelques autres larbins de moindre importance fut et est toujours une faute impardonnable. Je lisais l'autre jour une comparaison assez pertinente et étrangement actuelle entre ce Bourhan Ghalioun, sorti de nulle part (en fait du chapeau des Occidentaux) et propulsé Président du Conseil National Syrien et Ahmed Chalabi, placé à la tête du Congrès National Irakien, afin de faciliter l'invasion de l'Irak. CNS, CNI, on ne sait plus où donner la tête. Charlatan, totalement inconnu voire insignifiant, aucune assise populaire, ne représentant que lui-même. Où se trouve ce Chalabi aujourd'hui ?  Regardez cet article, écrit en 2004 déjà.

 

Ahmed Chalabi : où est-il ?

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ahmed_Chalabi

 

08:30 Écrit par Jean-Souhel Gowrié | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : chine, russie, véto, chalabi, ghalioun, qatar, syrie

Commentaires

La Russie a une excellente raison de ne pas vouloir laisser la Syrie actuelle tomber en mains de combattants extrémistes. C'est pourquoi elle persiste à demander une solution négociée, par voie de discussion, avec discernement.

La première cible de la chute du gouvernement Assad serait le Liban : la contagion l'envahirait immédiatement, et les israéliens ne veulent certainement pas non plus qu'une menace supplémentaire vienne affaiblir leurs frontières.

C'est une bombe qui va exploser dans la mauvaise direction, vers ceux qui l'ont allumée.

Écrit par : denise | 07/02/2012

@ Christobal

"Revenons aux « essais » abandonnés. Au sud -est et à l'est, il y a l'Irak qui semble avoir complètement échappé au contrôle des Américains et refuse obstinément d'entrer dans leur jeu."

Je ne partage pas cette conclusion: selon mes sources, les US n'ont cessé de mettre tous leurs efforts dans la construction d'une gigantesque base militaire en Irak. Une vraie ville fortifiée.

Quand ils sont "partis", ils ont laissé un effectif de...35'000 hommes, futurs intervenants agitateurs ou militaires dans la région (Syrie, Iran etc.)

Écrit par : Fred | 08/02/2012

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